01.11.2007

Le hérisson trop élégant

Voilà, j’ai terminé l’élégance du hérisson, de Muriel Barbery. Je ne sais trop qu’en penser.

En gros, il s’agit d’une histoire à deux voix, celle de Renée, concierge dans un immeuble chic de la rue de Grenelle, et celle de Paloma, adolescente surdouée habitant ce même immeuble chic. Leur point commun est d’être des étrangères dans leur milieu : Renée se donne chaque jour du mal pour être crédible en concierge revêche et un peu limitée, mais elle adore Tolstoï, s’intéresse à la phénoménologie et à la civilisation orientale ; Paloma ne supporte pas sa famille avec qui elle ne partage rien et passe son temps à « se cacher » comme le lui reproche sa mère.

C’est certes bien écrit. Surtout les passages dont Renée est la narratrice. Les phrases sont souvent un peu longues, très structurées, ornées de moultes conjonctions de coordination, subordination et autres tion (des fois que j’ai oublié ma grammaire…) ; le vocabulaire est très riche, précis, et j’ai été impressionnée par la justesse des mots, moi qui ai parfois recours à une horrible périphrase à défaut de le trouver, ce mot juste (et si on compte sur le dictionnaire des synonymes de Word… !)

Et Renée et moi avons un point commun, notre goût pour Tolstoï. Ma scène favorite d’ Anna Karénine est la même que la sienne : quand Lévine, retiré dans son domaine à la campagne, entreprend de faucher avec les paysans.

Une remarque à propos de Tolstoï : on fait tout un plat de la première phrase d’Anna Karénine : Toutes les familles heureuses se ressemblent, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon. Bon. Je n’ai jamais vu ce que ça avait de génial ? Mais je suis d’accord avec Renée à propos de la phrase de Koutouzov : m’a-t-on fait assez de reproches, et pour la guerre, et pour la paix… cette phrase possède un balancement vraiment magique.

Mais une des choses qui me plaît le plus dans Anna Karénine comme dans Guerre et Paix, c’est la simplicité de l’écriture : les phrases courtes, les mots simples et pourtant justes. Sans doute le génie du traducteur en plus de celui de Tolstoï. C’est un vrai miracle, qu’à mon sens, l’élégance du hérisson ne reproduit pas : les mots sont justes d’accord, mais ils sont souvent compliqués. En fait, je trouve le style plutôt pédant, surtout quand Renée est la narratrice. Dans doute est-ce volontaire, mais ça n’en est pas moins agaçant…

Quant à l’autre narratrice, Paloma, elle m’exaspère positivement avec sa manie de juger tout le monde du haut de ses douze ans et demi. Alors certes, on n’a pas forcément besoin d’aimer tous les personnages pour s’intéresser à une histoire ; mais, dans ce roman, aucune des deux protagonistes/narratrices n’éveille en moi grande sympathie. C’est quand même un problème. L’exercice relève à mes yeux plutôt d’une sorte de performance, d’exercice de style ; je ne suis pas touchée. Il est beaucoup question de beauté dans ces pages mais je ne l’ai jamais ressentie (à l’exception des lignes faisant référence à Tolstoï, mais il s’agit alors de la beauté de ses œuvres à lui !)

En conclusion, j’ai eu l’impression de lire un long poème non dénué d’harmonie mais curieusement hermétique.

Avant l’élégance du hérisson, j’avais terminé un roman de Frank Conroy : Corps et Ame. Il s’agit de l’apprentissage d’un enfant, musicien prodige, qui grandit à New York dans les années quarante. Tous les ingrédients du bon roman classique sont présents : le petit Claude, né fort pauvre, s’élève de par la musique dans la société ; il connaît la passion amoureuse, le mariage, le divorce, retrouve son père inconnu… non seulement le personnage est très attachant, mais l’histoire est très prenante, et on apprend beaucoup de choses à propos du piano (dont je n’ai compris que la moitié à peu près, bien que j’aie quelque peu pratiqué moi-même durant mes jeunes années.)

Je ne connaissais pas cet auteur, mais ce livre m’a fait passer par de grands moments d’évasion et de rêve. Ce qui n’a absolument pas été le cas de l’élégance du hérisson, même si je ne me suis pas ennuyée. Alors, vous me direz, ce n’est pas le but de cette oeuvre, sans doute. Peut-être… mais moi, j’aime encore les romans qui emportent.