« Pour Marco | Page d'accueil | On the Market »
06.01.2008
Do It Yourself
Une fois n’est pas coutume, voici une petite note sans histoire aucune et sans lien avec rien.
Quand je suis allée sur le site d’Orange tout à l’heure lire mon mail, j’ai vu cette annonce sur la page d’accueil : « Suivez l’assistance guidée et établissez vous-même le diagnostic. En route ! »
Je suppose qu’on est supposé hurler son enthousiasme à l’idée de se dépatouiller tout seul, au prix de longues heures de galère, des problèmes informatiques liés au code de merde pondu par Orange –blague à part, c’est incroyable les problèmes qu’on rencontre avec le mail chez Orange.
Donc, c’est supposé être une super nouvelle. Je ne sais pas vous, mais personnellement ce dont j’ai envie, c’est de simplicité, de facilité, d’un mail qui marche, tout bêtement ; et je n’ai aucun désir de comprendre comment il marche, ou comment il ne marche pas. Ces questions-là, c’est pour quand je bosse. Là d’accord.
Mais chez moi, je consulte peinarde ma BAL perso et j’ai juste envie que CA MARCHE sans que j’aie à m’en occuper et à chercher le pourquoi du comment. Donc, s’il y a un problème, je voudrais pouvoir appeler le service clients (sans qu’on me demande d’appuyer sur trente touches, d’attendre dix minutes pour finir par me faire jeter : « tous nos conseillers sont occupés, veuillez renouveler votre appel »). Je voudrais que quelqu’un m’explique quoi faire comme si j’avais quatre ans. Je refuse de réfléchir. Je paie pour ça : qu’on réfléchisse à ma place.
Mais ils ont compris le truc chez Orange : le service client est surchargé, les gens se plaignent… alors le meilleur truc, c’est encore de déléguer le dépannage… aux clients ! En plus comme ça s’ils se plantent, ben ils n’auront même pas la satisfaction de s’en prendre à quelqu’un.
J’ai comme l’impression que c’est la mode en ce moment : do it yourself. Est-ce que c’est parce qu’on considère que les gens ont plus de temps avec les trente-cinq heures, qu’on a peur qu’ils s’emmerdent chez eux et que tout le monde se suicide, comme dans le livre de Pierre Boulle « Les jeux de l’esprit » où on finit par jouer à la guerre tellement on se fait chier (comparativement, cela semble en effet plus sain d’amener les clients à guerroyer tout seuls avec leur ordi) ; en tout cas je constate : les magasins organisent des stages de bricolage, les nanas se remettent au tricot (pas moi, ah ça non) ; faut monter tous ses meubles soi-même ; bientôt il faudra faire sa propre maison. Et cultiver son potager peut-être ?
Quant à la santé, il y a aussi un marché pour le Do It Yourself : ça s’appelle l’Education Thérapeutique. L’idée c’est que si vous avez une maladie un peu chronique, au lieu de vous faire soigner par le médecin quand il y a un problème, vous faites du préventif vous-même en vous regardant attentivement le nombril (évidemment c’est une image ; comprendre : en mesurant votre glucose, en prenant votre tension, ce genre de trucs). Ça a l’air bien comme ça. Seulement, comme les patients ne sont pas médecins, ils ne sont que des amateurs face à leur maladie ; il faut donc les éduquer. Leur faire suivre des cours, tout ça.
Je n’ai pas de maladie chronique ; mais quand j’étais enceinte, j’étais tellement traitée en malade que j’avais l’impression d’en avoir une, et ça ne s’est pas arrangé quand il est apparu, suite à une analyse, que j’avais trop de glucose dans le sang. Il est intéressant alors de comparer les réactions des médecins :
- Ma gynéco de ville : « Bah, mangez un peu moins de sucreries… de toute façon vous allez bien, vous n’avez pas tellement grossi alors ne vous en faites pas. »
- Mon obstétricien : « Vous devez faire un régime strict. A chaque repas, un féculent et deux légumes. Vous devrez mesurer votre taux de glycémie à jeun et après les repas. Comment ça, vous prenez des croissants le dimanche… ? Ah non, faut supprimer». « Mais, ai-je protesté, ce n’est qu’une fois par semaine… » « Faut supprimer », a-t-il confirmé avec autorité.
J’ai objecté que je mangeais à la cantine de mon boulot, c’était pas très pratique son régime : « Demandez-leur de vous faire un repas spécial » ( !!). J’ai ajouté que le soir, je n’avais pas que ça à faire de cuisiner, en rentrant du taf et avec ma fille à récupérer chez la nounou. « Bon, on verra ça ensemble », a-t-il conclu avec impatience avant de raccrocher. Résultat, il m’a arrêtée un mois en avance, pour que j’aie le temps de faire le « régime ». Et on s’étonne du trou de la Sécu.
A l’époque, mon taf me cassait un peu les pieds donc je n’ai pas trop râlé quand l’obstétricien a tenu à m’arrêter ; mais tout de même, j’ai un peu honte. Tout ça pour que je puisse me faire la cuisine !! En fait j’en ai surtout profité pour faire plus de sport et écrire.
Quand on est enceinte, on vous propose aussi des cours. Ça ne s’appelle pas Education Thérapeutique mais Préparation à l’Accouchement. Avant la naissance de ma première fille, craignant de ne pas réussir à accoucher si je faisais l’impasse, j’ai suivi le programme religieusement. Je n’ai rien appris du tout, sauf que c’était très chiant de rester assise par terre pendant deux heures avec dix autres femmes enceintes à regarder une nana faire passer une poupée en chiffon à travers une sorte de triangle supposé représenter les os du bassin. Quant au fait de savoir accoucher, je pense que tout le monde y arrive quand ça se présente : la nature ne vous laisse guère le choix !
Je ne sais pas comment seraient ces cours d’Education Thérapeutique qu’on envisage de mettre en place pour les malades chroniques ; mais si ça prend autant de temps, je me demande comment ces gens feront pour avoir un boulot normal. Ou alors il faut passer non pas à trente-cinq heures mais à dix-sept. Encore cela n’est-il valable que pour les personnes dont l’activité est compatible avec de telles limitations horaires.
Finalement, on sent assez bien comment s’occuper de sa santé pourrait devenir un boulot à temps plein. Même sans avoir de maladie chronique, d’ailleurs. J’ai passé trois ans à Londres sans mettre les pieds chez le médecin, sauf une fois pour des vaccins avant de partir en voyage; mais depuis mon retour à Paris, j’ai l’impression d’avoir toujours quelque chose à gérer même quand je ne suis pas malade, parce qu’on est supposé faire du Préventif : aller chez le dentiste une fois par an, chez la gynéco aussi, surveiller son cholestérol si on prend la pilule… en plus je me suis tapé les deux grossesses, et à chaque fois, l’enfer sur Terre au niveau de la surveillance. Maintenant je me tape les deux bébés et c’est pas mieux (j’ai reçu hier la liste des examens « obligatoires » pour la petite. Y’en a déjà un que j’ai loupé. Ça part mal…)
Il y a trois mois, j’ai fait un énorme effort pour aller chez la dentiste et elle m’a fait la morale pendant un quart d’heure sur la façon dont je devais apprendre à me brosser les dents ; j’ai essayé et ça prend au moins cinq minutes. Ça a l’air de rien mais c’est encore un quart d’heure de plus par jour de corvées (parce que le midi aussi, bien sûr, il faut les brosser aussi). Elle m’a prescrit un dentifrice spécial aussi, qui ne se trouve qu’en pharmacie ; c’est comme le lait pour ma gosse : ruineux, et en pharmacie. Avant, je n’allais presque jamais dans une pharmacie ; aujourd’hui je pense que j’y vais trois fois par semaine. Disons deux si personne n’est malade.
Et dire qu’il y a des gens qui s’expatrient, qui vont vivre à Bali par exemple. Mais comment osent-ils, alors que moi j’aurais peur d’aller vivre à la campagne tant c’est déjà compliqué ici ?…
09:46 Publié dans réflexions personnelles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



Commentaires
Oui, c'est le magnifique paradoxe de notre époque sensationnelle: le citoyen est de plus en plus protégé (de la cigarette, de la graisse, etc.), de plus en plus pris en charge (cellules psychologiques après toute catastrophe... même non catastrophique) et en même temps il lui faut de plus en plus "se responsabiliser" (avec culpabilité à la moindre carie). On retrouve ça dans l'éducation nationale: plein d'heures "personnalisées" de "rattrapage" pour des élèves à qui on demande par ailleurs de monter des dossiers improbables et de devenir acteurs de leur propre apprentissage...
On va vous faire aimer le XXI°siècle :)
Ecrit par : Marco | 06.01.2008
Un jour je suis tombée sur un article sensass (même si le fond est très glauque) : il s'agissait d'un homme dont l'enfant était mort de déshydratation dans sa voiture, le père l'ayant apparemment oublié là alors qu'il allait travailler. L'article concluait brillamment : "une cellule de soutien psychologique a été mise en place pour ses collègues".
Ecrit par : galadrielle | 06.01.2008
Ben chez bibi, à la campagne, derrière le potager (sisi, comme sous Néanderthal), chez les ploucs quoi, y' deux parisiens qu'ont déboulé pour les fêtes. Rentrés à Paris le lendemain, z'ont eu diarrhées, douleurs diverses, fatigue, etc. Seuls, tout seuls sur la vingtaine de personnes présentes... Z'ont accusé les huîtres, ben tiens.
Alors moi je dis : le problème c'est que les citadins c'est tous des dégénérés même plus capables de tenir le coup sans leur bouffée de Co2, et même que c'est ça qui creuse le trou. De la sécu et du cimetière. Et c'est nous qu'on paye. Les ploucs, je veux dire. Encore 45 % de la population qui vit à la campagne, vous vous rendez compte du retard civilisationnel ?
j'm'en vas retourner déterrer mes poireaux, vingt diou. Z'avez bien raison d'avoir peur d'habiter à la campagne. On est tous des sauvages, là bas.
Clopine
Ecrit par : Clopine Trouillefou | 07.01.2008
Clopine, je sais bien ce que c'est puisque j'ai vécu au fin fond de la campagne jusqu'à l'âge de dix-huit ans (nous aussi on avait un potager :-))
Mais il me semble qu'à l'époque, on n'était pas aussi obsédé par la santé (et surtout par la prévention) qu'aujourd'hui. Je n'ai pas le souvenir, étant petite, d'être allée chez le médecin si souvent que ça; donc ça restait gérable (pour mes parents, je veux dire). Maintenant, si je devais retourner dans ce hameau où nous habitions avec mes deux filles, je me demande comment je ferais. Rien que ce mois-ci j'ai trois rdv médicaux pour elles. Et encore, ça va que j'ai pas repris le boulot...
Ecrit par : galadrielle | 07.01.2008
Les commentaires sont fermés.