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29.11.2007

Clients et fournisseurs

Toutes les emmerdes arrivent conjointement ; c’est là une vérité profonde que j’ai très souvent l’occasion de vérifier.

 

 

Tout à l’heure, j’avais rendez-vous pour la cinquième séance de kiné respiratoire de mon bébé de sept semaines ; j’étais en retard, ayant bêtement pris sur mon portable un appel non identifié –ce que je ne fais jamais d’habitude. Il s’agissait d’une association voulant à toutes forces m’aider à réduire mes impôts.

Ils veulent si fort le bien de l’humanité qu’ils sont prêts à envoyer quelqu’un à domicile, samedi compris. Comme quoi on a tort de se méfier, il y a des gens vraiment prêts à se donner du mal pour vous offrir une vie meilleure, alors qu’ils ne vous connaissent même pas.

Je crains de m’être montrée plutôt désagréable au téléphone :

 

 

-         Et comment vous avez eu mon numéro de portable ?? ai-je beuglé. 

Mon interlocutrice ne s’est pas vexée pour autant : de sa voix suave, incroyablement patiente, elle m’a dit :

-         pas de problème madame, vous semblez… pressée ; je vous recontacterai prochainement.

 

Si c’est pas de l’amour ça. Si seulement leurs conseillers fiscaux étaient également pédiatres, le monde serait plus clément.

 

 

Avec tout ça, j’étais drôlement à la bourre. Enveloppant ma petite dans une couverture, je me suis ruée dehors ; avant de descendre au parking j’ai jeté un coup d’œil dans la boîte aux lettres et là, horreur : une enveloppe jaune, contenant sans nul doute un manuscrit.

 

 

Pas le temps de regarder. De fort mauvaise humeur, j’ai continué mon chemin jusqu’à ma voiture. Tout ce qui pouvait merder a merdé : j’avais omis de remonter les ceintures de la coque d’un cran et comme la petite a pris dix centimètres depuis le dernier réglage, j’ai dû la serrer comme un saucisson. Heureusement elle n’a rien dit et s’est endormie aussi sec.

J’ai remarqué ça : plus on met son bébé dans une position où il devrait être mal, plus il roupille. Essayez au contraire de l’allonger confortablement, bien couvert, de lui mettre une petite musique pour bébé, il se met à hurler tout ce qu’il sait.

 

 

La petite n’a rien dit mais moi, j’aurais volontiers crié quand je me suis rendue compte que mon GPS était tout déchargé et donc en train de rebooter, en me demandant au passage de régler l’heure et la date et tout.

Quand j’ai fini par démarrer, je suis tombée derrière un car de ramassage scolaire qui se traînait dans une rue en sens unique et j’ai encore perdu cinq bonnes minutes. Une fois arrivée devant chez le kiné, pas de place. J’ai dû me garer à deux cent mètres et marcher avec ma saucisse sous le bras. (Oui je sais ça a l’air de rien deux cent mètres, mais c’était une rue vraiment moche, avec le pont du RER et tout, à vous ficher un cafard noir, surtout sous la pluie).

 

 

Chez le kiné, la sonnette ne marchait pas ; j’ai dû attendre que quelqu’un sorte de l’immeuble. Quand j’ai enfin passé la porte, j’étais dans un état de grande fureur intérieure et j’ai dit au kiné d’un ton outragé :

-         Dites, votre sonnette, ben elle est détraquée !

-         Je sais, m’a-t-il dit avec un sourire désarmant. Il faut simplement pousser la porte.

Je me suis sentie rougir jusqu’aux cheveux.

 

 

 

Quand je suis rentrée chez moi, je pensais à l’enveloppe jaune que je ne pouvais décemment ignorer –de toute façon, si je ne la prenais pas, mon mari risquait fort de la trouver dans le courrier le soir même et de me l’apporter par étourderie, bien qu’il ait la consigne de ne jamais prendre mon courrier car nous différons sensiblement dans nos façons de gérer la paperasse : je n’ouvre mes lettres que tous les dix jours à peu près, mon mari procède au fur et à mesure. Moi, je préfère me pourrir la vie une bonne fois de temps en temps plutôt qu’un peu tous les jours. Sachant que je reçois plus souvent des lettres de ma banque que de mes amoureux secrets.

 

 

J’ai donc pris l’enveloppe jaune et jeté un coup d’œil rapide au reste : Kenzo m’invitait à ses soldes, Foncia voulait me vendre une maison à un prix délirant, la Poste espérait me faire bénéficier de son plan épargne-retraite et la Maïf, de son assurance contre les accidents de la vie. Ils sont vraiment gentils tous ces gens qui pensent à moi.

J’ai déchiré la lourde enveloppe : refus standard de chez Fayard. Bon.

 

Et là, au fond de la boîte, il y avait encore une autre lettre de quelqu’un qui avait pensé à moi : les Editions Robert Laffont. Sans enveloppe jaune. Curieux. Pourtant je suis bien certaine d’avoir joint à tous mes envois une enveloppe timbrée à mon nom ; ça m’a suffisamment déplu pour que je m’en souvienne.

 

 

Dans mon cœur pourtant blasé, un espoir fou s’est fait jour : et s’ils voulaient garder le manuscrit ? Si la lettre disait : « Madame, le comité de lecture n’a pas réussi à se mettre d’accord à propos de votre manuscrit, nous le conservons donc jusqu’à parvenir à une décision ; veuillez nous excuser pour ce délai, nous ne manquerons pas de vous faire savoir, etc ».

Ou encore : « Madame, nous envisageons de publier votre manuscrit, mais nous voudrions vous suggérer quelques corrections. Nous vous le renverrons prochainement, annoté par l’un de nos lecteurs ».

Ou encore : « Madame, bravo ! Nous sommes tous très enthousiastes chez Robert Laffont à propos de votre manuscrit. Nous le publierons dès Janvier prochain ! En attendant, permettez-nous de conserver cette copie à destination de quelques personnes de la maison, qui meurent d’impatience de découvrir votre écriture si novatrice, percutante et poétique. »

 

D’une main tremblante, j’ai déchiré l’enveloppe ; et j’ai lu :

 

« Référence : F 111418

 

            Madame, Monsieur,

 

Votre manuscrit a été examiné avec attention par notre comité de lecture mais il ne nous paraît pas entrer dans le cadre de nos collections et nous ne pouvons donc en envisager la publication.

Veuillez prendre contact dans un délai d’un mois avec France au service des manuscrits, afin de lui indiquer si vous souhaitez le récupérer personnellement dans nos locaux. Si vous préférez qu’il vous soit réexpédié par colis simple, nous vous demandons une participation de 3,77 euros (chèque ou timbre). Passé ce délai, nous ne serons plus, malheureusement, en mesure de le tenir à votre disposition.

Merci de ne pas oublier le numéro de référence dans toute correspondance.

En vous remerciant de nous avoir soumis votre texte, nous vous prions de croire, Madame, Monsieur, en l’assurance de nos sentiments les meilleurs

 

                                                        Service des Manuscrits »

 

Aucune signature.

 

Et, tout en bas, une petite note :

 

« Les éditions Robert Laffont, Seghers, Julliard et Nil sont partenaires et le comité de lecture leur est commun. A ce titre, le refus de votre manuscrit vaut pour tous ces éditeurs ».

 

En poussant ma porte, je me suis dit : décidément, c’est toujours la même chose. Pour être traité avec gentillesse, mieux vaut être client que fournisseur.

25.11.2007

Je déteste...

Encore une note de dimanche soir…. Je déteste le dimanche soir.

 

Je déteste ma pédiatre.

 

Vendredi dernier ma fille, qui avait attrapé le rhume de la voisine, s’est mise à respirer avec bruit ; ma belle-mère, qui la gardait ce jour-là, l’a amenée chez la pédiatre. Diagnostic : bronchiolite ; consignes : séances de kiné tous les jours, donner à boire le plus souvent possible (moi qui étais si contente qu’elle soit enfin réglée sur un biberon toutes les quatre heures, eh bien, tout sera à refaire), veiller la nuit pour vérifier qu’elle respire bien. Ce n'est pas du tout stressant, pas du tout crevant.

 

 

Ce que je déteste, c’est le fait que je ne sois pas pédiatre : je n’ai donc aucun recul sur les consignes, aucun moyen de juger de leur pertinence, de leur efficacité. J’ai quelques indices me permettant de penser que cette pédiatre est vraiment très prudente ; mais comment savoir, dans un cas particulier, si elle a raison ? En fait ce n’est pas vraiment une question de « tort » ou « raison », mais plutôt d’estimation des risques : quand elle nous recommande de veiller toute la nuit, est-ce à cause d’un cas sur dix mille d’apnée liée à une bronchiolite, ou à cause d’un cas sur dix ? J’aimerais pouvoir évaluer moi-même le ratio emmerdements/risque.

Mais je ne peux pas car je n’y connais rien, et on me demande de faire confiance. Or, je déteste faire confiance. En fait, par défaut, je n’ai pas confiance, surtout lorsqu’il s’agit d’un médecin.

 

 

En fait, je déteste les médecins.

 

 

Ils ont du pouvoir sur moi, du fait de mon ignorance ; ils disent « faites ceci, c’est très important », « ne faites pas cela, c’est très important ». Mais le retentissement que ces consignes peuvent avoir sur ma vie à moi, ils s’en fichent bien. Par exemple quand on dit : « attendez quatre mois pour faire du sport après un accouchement », moi ça me fait vraiment, mais alors VRAIMENT suer. D’ailleurs je n’y arrive pas. Evidemment, c’est leur boulot en un sens : ils regardent les choses par le petit bout de la lorgnette, du strict point de vue de la santé physique. Mais quel prix est-on prêt à payer pour cette bonne santé physique ? Moi, je ne suis pas prête à tout lui sacrifier. Seulement, je n’y connais rien et je ne sais pas quantifier le risque, et ça, c’est vraiment un problème pour prendre des décisions. Le pire, c’est que, si ça se trouve, dans pas mal de situations, les médecins non plus ne savent pas quantifier le risque… et préconisent par défaut le maximum. Si au moins on le savait, on pourrait faire en fonction ; mais la plupart du temps ils ne le disent pas, et si on essaie de creuser un peu en posant des questions, on sent bien qu’on fait ch…

 

 

Comme je déteste les médecins, je suis très malheureuse actuellement car j’en vois beaucoup, et cela dure depuis quelques années : entre les deux grossesses et les maladies infantiles, sans compter les visites obligatoires Sécu pour les bébés… je passe ma vie chez le médecin. Et je ne parle pas de la rééducation périnéale, que j’ai la ferme intention de zapper cette fois-ci. Parce que trop, c’est trop, et que j’ai besoin d’avoir un peu de temps pour faire des choses plaisantes de temps en temps (et que, je précise, je ne considère pas la rééducation du périnée comme une chose plaisante).

 

En fait, je déteste tout ce qui prétend me prendre du temps.

 

 

D’ailleurs, ma détestation finit par me faire oublier toute rationalité. Parfois, il n’est plus question de quantification de la prise de risque, de mise en balance gain/impact sur la qualité de vie. Parfois je dis juste : j’en ai assez, j’arrête.

Malheureusement ou heureusement, en général, je fais quand même : j’emmène la gosse chez le pédiatre, par exemple. Je vais chez le médecin quand je suis malade. Je règle les factures ; je fais réviser ma caisse pour le contrôle technique ; je fais les courses (c’est dingue, la quantité de corvée dans la vie quand on y pense.)

 

Mais j’ai développé certains îlots de résistance. De tout petits îlots, que je peux entretenir sans vraiment me nuire ni nuire à personne, sur des petites choses bêtes.

Par exemple, depuis qu’il s’est mis à faire froid, ça disjoncte tout le temps chez nous. L’année dernière à la même époque, ça disjonctait déjà ; et l’année d’avant aussi.

 

Or je sais, car on me l’a dit, qu’il suffit d’appeler EDF pour « upgrader » (le terme français m’échappe ??) son abonnement. Je pourrais très bien le faire, un simple coup de fil, et c’est pas pour l’argent que ça coûterait en plus ; si on y réfléchit bien, ce serait quand même rentable de payer davantage pour éviter les emmerdes induites par les coupures, qui m’obligent à chaque fois à reprogrammer divers appareils, qui interrompent les enregistrements de DVDs, etc. Eh bien je ne le fais pas ; je n’appelle pas EDF. Aucune justification rationnelle à cela. Mais je vais pourtant persévérer dans mon refus d’appeler. J’y tiens mordicus, et plus on me dit que c’est ridicule, plus j'y tiens. Allez comprendre.

22.11.2007

Chose promise...

Enfin, comme promis depuis longtemps, je vais parler des lettres de refus que je reçois depuis maintenant plus d’un mois. En effet, autant se l’avouer carrément : ce n’est pas en les ignorant que je vais les faire disparaître. Bien que ce soit drôlement tentant.

J’ai envoyé mon roman le 26 Septembre : j’ai commencé par le peser sur la balance avec laquelle je pesais la farine et le sucre du temps où je faisais des pâtisseries –une vieille balance, donc. Il faisait un kilo deux cent cinquante grammes. Je me suis rendue à la poste, où j’ai eu la satisfaction de passer devant tout le monde en cambrant le dos pour exhiber mon gros ventre ; et j’ai acheté quatorze enveloppes « livre », et quatorze timbres à un euro vingt à cause du supplément de deux cent cinquante grammes, puisque les colis « livre » sont limités à un kilo. C’était là un signe de l’univers dont je n’ai malheureusement pas tenu compte –mon livre était trop gros.

De retour à la maison avec mes quatorze enveloppes, mes quatorze timbres et les quatorze exemplaires de mon roman, j’ai réfléchi à la meilleure façon de faire. J’avais le choix entre deux méthodes :

 

a) procéder « à la chaîne » : coller tous les timbres sur toutes les enveloppes, écrire les quatorze adresses, écrire sa propre adresse sur quatorze autres enveloppes pour récupération du manuscrit (étape du processus éminemment déprimante), glisser dans chacune un manuscrit, ajouter l’enveloppe timbrée à son nom, joindre la lettre d’accompagnement correspondant à chaque éditeur, puis fermer les enveloppes.

b) pour chaque enveloppe, faire toutes les étapes avant de passer à l’enveloppe suivante.

 

Le processus a) m’a semblé dangereux, la répétition du même geste risquant d’induire une perte de vigilance qui pouvait me conduire à reproduire une gaffe dont je ne suis pas fière : envoyer une lettre de motivation vantant les atouts d’une « banque telle que BNP Paribas » à la Société Générale. Bizarrement, ma candidature n’a pas été retenue, pourtant j’étais plus ou moins pistonnée. Je suppose que parler à Gallimard des mérites de Grasset aurait pu avoir le même effet. (D’un autre côté, aujourd’hui, je me dis que si j’avais fait ça, au moins je saurais pourquoi on n’a pas voulu de mon livre.)

J’ai donc choisi le processus b). Afin de rester concentrée, j’ai poussé le vice jusqu’à imprimer les lettres d’accompagnement au fur et à mesure, au lieu de faire ça en une seule fois ; et, avant de refermer chaque enveloppe, je vérifiais une dernière fois que la lettre correspondait bien à l’éditeur dont j’avais écrit l’adresse. Avec tout ça, j’en ai eu pour deux bonnes heures.

 

J’ai pris deux grands sacs réutilisables « Champion », j’ai mis sept enveloppes dans chaque et je me suis traînée jusqu’à ma caisse avec mauvaise conscience –le gynécologue m’ayant vivement recommandé de ne pas porter de paquets, j’utilisais d’ailleurs ce prétexte pour envoyer mon mari faire les courses.

 

A la poste, heureusement, il y a une boîte aux lettres à l’ouverture assez large pour y glisser ce type d’enveloppe. On n’a pas à se taper la honte de passer au guichetier, devant tout le monde, ses quatorze « colis livre » au format A4, contenant de toute évidence un manuscrit… je sais, écrire n’est pas une maladie honteuse, mais un peu quand même… quoique le plus humiliant, ce soit plutôt maintenant : quand je croise le facteur le matin alors qu’il est en train de jeter dans ma boîte une de ces maudites enveloppes jaunes (ils pourraient les faire moins voyantes tout de même) portant mon adresse écrite de ma propre main. Il me dit bonjour en me jetant un regard que je trouve légèrement goguenard, et je redoute qu’il dise un truc comme : « alors ma p’tite dame, quels peaux de vache ces éditeurs hein ? Allez, faut pas vous biler… »

 

Une semaine plus tard, déjà, une de ces répugnantes enveloppes jaunes arrive. De Plon. Ma première pensée est qu’ils ont trouvé le manuscrit tellement minable qu’ils l’ont renvoyé au plus vite. En fait, je le sais à présent, les lettres de refus persos les plus sympas arrivent au début ; passé un mois, on n’a plus guère que les missives standard. Ce qui laisse supposer que les éditeurs regardent très rapidement les manuscrits qu’ils reçoivent (et ça se comprend : au cas où ce soit génial, il ne faudrait pas se faire prendre de vitesse par un confrère.)

Ensuite, ils se précipitent sur leur téléphone si c’est oui, et si c’est non, ou bien ça leur a un petit peu plu quand même (ou c’est venu par le canal « relations ») et ils prennent la peine d’écrire un petit mot sur le texte, ou bien ils se fichent complètement de ce manuscrit venu grossir une pile déjà trop importante, et il n’y a aucune urgence à vous signifier un refus. Si on admet que les éditeurs sont des êtres humains susceptibles d’empathie, c’est peut-être même légèrement désagréable. Je suppose qu’ils procèdent aux envois quand ils ne savent plus où stocker tout ça.

 

Venons-en au fait (j’ai décidément une fâcheuse tendance à la digression) : la lettre de Plon.

 

Mais… je suis prise ici d’une grande hésitation. Depuis que j’ai lu le billet de Wrath à propos de Léo Scheer, et le commentaire de ce dernier : « Natashka Moreau devait vous parler de votre manuscrit, (sans doute le manuscrit le plus célèbre du web) ayant lu ce qu'en pensaient les éditions Plon par la lettre que vous avez publiée en ligne, nous n'avons pas insisté. »

J’ai réagi à ce commentaire et Léo Scheer a démenti : « C'était une plaisanterie pour rester dans le ton badin de ce blog ».

Alors moi, je ne demande qu’à le croire, hein. De toute façon c’est sans doute vrai, puisque Wrath dit avoir envoyé son manuscrit en février et n’a mis la lettre de Plon en ligne qu’en octobre. Mais… le doute s’est insinué dans mon esprit… et si par hasard un éditeur tombe sur ce blog – comment saurait-il qui je suis ? Eh bien, par exemple, on peut imaginer que la gentille participante à l’atelier d’écriture avec laquelle j’ai eu le plaisir de déjeuner dans un restaurant japonais du cinquième arrondissement un certain jour de Novembre, se reconnaisse dans mon post « Atelier d’écriture » et qu’elle ait justement un très bon pote éditeur. Imaginons un instant (hypothèse d’école, hein, car elle aurait tort, vraiment), imaginons qu’elle se sente vexée par mon post… et qu’elle dise à son pote : « Si tu as reçu le roman de …, tu devrais aller voir son blog, en particulier les lettres de refus des éditeurs, ça t’évitera la peine de le lire. »

Elle dirait ça sans méchanceté, hein, juste pour faire gagner du temps à son ami éditeur, qui vient de lui avouer : « J’en ai ras le bol, ces derniers temps je croule sous les manuscrits, les gens envoient de ces trucs, il y en a même qui n’arrivent pas à décider s’ils écrivent au présent ou au passé alors ils mélangent tout dans la même phrase, tu te rends compte ? »

 

Malheureusement, j’ai tant promis d’en parler, de ces foutues lettres, que je ne vois guère comment reculer. Et puis, si mon blog avait le succès de celui de Wrath, j’aurais vraiment de quoi être inquiète. Là ce serait vraiment pas de bol si l’un de mes deux visiteurs se trouvait être la nana en question. Donc, trêve de digressions, et attaquons tout de suite là où ça fait mal.

Mes commentaires sont en italique.

 

La lettre de Plon : reçue le 2 Octobre (trois jours après j’ai accouché : cette lettre m’a tellement traumatisé que ça a déclenché le travail. La recopier ici, comme je n’ai pas de scanner, va peut-être déclencher autre chose de terrible).

 

« Madame,

            C’est avec beaucoup de plaisir et d’intérêt que nous avons lu le manuscrit intitulé … que vous nous avez fait parvenir. (ça, c’est la phrase gentille, mais standard : Thomas Clément a eu la même.)

Malgré les qualités réelles de ce récit, en particulier la force des thèmes que vous avez choisi d’aborder, nous sommes malheureusement au regret de vous annoncer que nous ne pouvons retenir ce manuscrit en vue d’une publication.

             Ce texte nous a semblé, en effet, manquer de densité pour correspondre à la ligne éditoriale de notre maison. (Question : cette absence de densité correspondrait-elle à la ligne éditoriale d’une autre maison ? Laquelle, laquelle ? Ils sont cruels de ne pas me le dire) Peut-être faudrait-il que vous parveniez à supprimer certaines longueurs pour insuffler à votre récit davantage de dynamisme.

En espérant qu’un de nos confrères sera sensible à votre travail d’écriture, croyez, Madame, à nos salutations les meilleures. »

 

Eh bien, je vais m’arrêter là pour ce soir. Non, je ne vais pas vomir dans le lavabo, je ne suis pas soudainement couverte de boutons ; mais mon mari rentre après trois heures de caisse pour revenir des Champs où il bosse, et je me dois de l’accueillir dignement, avec un bon whisky !

Je promets solennellement de ne pas en rester là à propos des lettres de refus, même si cela doit me coûter la publication… !

20.11.2007

Atelier d'écriture

Récemment, après avoir subi plusieurs mois durant la difficile solitude de l’apprenti écrivain, j’ai décidé de m’inscrire à un atelier d’écriture.

Non que je cherche réellement à améliorer mon écriture par ce biais. J’aimerais bien, mais je n’y crois guère : en effet, l’atelier a un petit côté « école des fans » (en écrivant cela, je me condamne du même coup à ne jamais donner l’adresse de ce blog a des personnes que j’aurais connues ainsi).

Le principe est le suivant : tout le monde écrit sur un thème commun, ou en suivant une structure donnée ; après une ou deux heures de travail, chacun lit son texte. Bon, peut-être que je porte des jugements un peu rapides, puisque je ne suis encore allée qu’à une séance : mais j’ose affirmer que certains membres de notre petit groupe de douze personnes écrivent comme des verres à dent (et là, je me condamne encore davantage à ne pas donner l’adresse de ce blog).

 Par exemple, il y a une nana qui change de temps toutes les phrases, voire en milieu de phrase –et non, ce n’est pas un effet de style. Elle écrit des trucs comme : « alors qu’il se rendait à l’aéroport, il réalise que sa valise fût restée chez lui. »

Il y a une nana qui donne plutôt dans le témoignage que dans la fiction –ce n’est pas interdit ; mais le problème est que, quand elle lit, on a l’impression de feuilleter une anthologie des clichés de la langue française. Elle écrit des trucs comme : « Alors que nous nous rapprochions du sommet tant convoité, j’entrevoyais un paradis insoupçonné dans la pureté des neiges éternelles, loin de la mesquinerie des hommes ».

Pour la plupart, les participants sont des femmes. Et même, quand je dis la plupart… je veux dire l’immense majorité : il n’y a qu’un homme. Et quel homme… intellectuel pontifiant, bégayant, exaspérant. Lui, son truc, c’est plutôt l’essai philosophique totalement hermétique –enfin moi, j’ai rien compris, et j’ai bien vu que l’animateur non plus, même s’il a tout de même trouvé des remarques positives à faire sur le texte.

Parce qu’il est très fort, l’animateur ; je l’admire sincèrement et je serais bien incapable de faire son métier. Il écoute avec une réelle attention les douze textes, plus ou moins mauvais et plus ou moins bien lus, et sur chacun, se débrouille pour faire plusieurs commentaires dont la plupart sont des compliments et au moins un, une critique, toujours très constructive bien sûr. Et ceci, quelle que soit la qualité du texte.

 Mais je ne voudrais pas donner l’impression de penser que tous les écrits étaient mauvais sauf les miens. Non, les miens étaient peut-être mauvais eux aussi ! Je n’ai pas de réel moyen de savoir ce que l’animateur en a pensé (mais en a-t-il pensé quelque chose ? Je me demande s'il est encore capable d'avoir un avis, à force de s’entraîner à voir le positif dans tous les textes...)

Tout ça pour dire : je ne compte pas sur cette pratique pour devenir meilleur écrivain.

Je viens de parler des cancres parce que c’est plus rigolo, mais je suis bien obligée d’admettre qu’une bonne moitié des participants m’a paru écrire correctement, et que j’ai même trouvé certain textes vraiment plaisants (je dirais trois ou quatre, disons un tiers). Cette constatation est assez déprimante. Si autant de gens sont capables d’écrire des textes plutôt bons, on ne voit vraiment pas pourquoi ils se priveraient d’aller grossir le tas des manuscrits en souffrance chez les éditeurs.

C’est un peu comme quand on est ado et qu’on chante dans sa baignoire, on s’entend dire qu’on a une belle voix et tout de suite on s’imagine qu’on va devenir chanteuse –parce que c’est quand même plus glamour que de faire de l’informatique chez France Télécom. Le problème, c’est que des gens qui chantent bien, il y en a des tas.

Revenons à l’atelier. J’ai critiqué jusqu’à présent, mais il y a des tas de bons côtés.

 

D’abord c’est dans le cinquième à Paris, et pour moi qui végète dans ma banlieue toute la semaine, c’est une sortie grisante. Il y a plein de bistrots, plein de gens, il y a la Seine, et des endroits où on peut acheter des choses même entre midi et deux.

 

Ensuite, l’animateur a de beaux yeux bleus, même s’il est un tantinet trop vieux pour moi ; quand c’est au tour de l’intello prétentieux de lire sa prose en écorchant chaque mot, je peux toujours me réfugier dans la contemplation de cet étonnant regard pervenche.

Enfin, ça me rajeunit : c’est l’école, les devoirs en temps surveillé… entendons-nous, la plupart du temps je n’aimais pas les devoirs en temps surveillé, sauf les rédactions. Ça j’aimais vraiment bien, que ce soit à faire chez soi ou en classe. D’ailleurs j’avais de bonnes notes –donc, je m’imaginais devenir écrivain… ou chanteuse.

En fait, je préférais les rédactions en classe à cause de la contrainte. J’aimais bien être obligée d’écrire. L’atelier d’écriture reproduit exactement ce cadre. Si on n’a rien écrit à la fin de l’heure, on ne va pas se faire gronder par le prof mais on va avoir l’air con devant douze personnes.

Comme ça me rappelle mon enfance, je me comporte comme si j’avais douze ans : dès l’annonce du thème, je cogite à toute allure et me rue sur mon stylo. Je suis hyper concentrée. J’ai chaud au visage et rapidement, un mal de tête lancinant se déclare.

j’ai toujours fini avant tout le monde (et me sens ridiculement fière, pour tout avouer. Je sais, c’est très bête).

Alors je sors et je vais faire un tour dans le quartier pour faire disparaître le mal au crâne. Je me sens vidée, un peu ivre, ce n’est pas désagréable du tout.

 

Normalement j’y retourne vendredi –si je ne suis pas retenue prisonnière dans ma verte banlieue par ces saletés de grèves. J’attends ça avec une certaine impatience.

Il m’est venu cette semaine, une bonne idée de thème : écrire une histoire entre une première phrase imposée et une dernière phrase imposée aussi. Et j’ai même des propositions de phrase :

 

Première phrase : « La jeune fille qui descendit porte des Lilas était simplement mais proprement vêtue ».

Dernière phrase : « Et elle lut dans ses yeux la promesse d’un bonheur éternel ».

 

Voilà qui devrait réconcilier l’amatrice de cliché avec la fiction…

Si ça vous dit, vous pouvez écrire l’histoire en temps limité chez vous et vous me l’envoyez. Promis, vous aurez tous 10.

17.11.2007

les Grands Patrons

Si vous avez des enfants, vous avez probablement connu les joies des biberons de nuit ; la petite prend un biberon à minuit et un autre vers quatre heures. Mon mari se tape celui de quatre heures (je ne le remercierai jamais assez !). Forcément, celui de minuit, c’est moi qui m’y colle.

 

 

Evidemment, à dix heures, dix heures trente les soirs de whisky –l’apéro a alors tendance à s’éterniser- mon homme est déjà en train de ronfler au fond du lit, et je me retrouve seule dans le salon avec le bébé sur le bras droit, un chat voire les deux sur le bras gauche, à lutter contre le sommeil car l’expérience m’a montré que s’endormir à dix heures pour se réveiller à minuit était un très mauvais plan. Mais que faire alors ?

Je suis trop nase pour écrire quoi que ce soit. Si je lis, je m’endors en dix minutes. Mais regarder la télé me maintient éveillée, n’importe quoi, même un documentaire animalier ça marche, je ne sais pas pourquoi. Bon, tant qu’à faire, j’essaie de choisir quelque chose de distrayant, sans trop de suspense parce qu’à minuit et demi faut que j’aille me coucher, pas trop intello puisqu’à cette heure-ci je comprends pas les subtilités (surtout les soirs de whisky).

 

 

J’ai trouvé le produit parfait : les séries télé, de préférence celles où chaque épisode se suffit plus ou moins à lui-même (« Lost », par ex, ne répond pas aux spécifications), pour éviter le suspense insoutenable. Le problème qui se pose à moi est alors le suivant : il y a un nombre limité de séries disponibles sur le marché français (j’ai acheté une fois sur Amazon.com aux US, mais quand on se fait choper, les droits de douane coûtent plus cher que la série, sans compter qu’il faut cracker son lecteur pour lire les DVDs zone 1 ; n’ayant pas trouvé de crack pour le mien j’ai dû acheter un second lecteur. Ça m’est donc revenu un peu cher pour finir.)

De plus, non seulement mon homme a le culot de me laisser toute seule de dix heures à minuit, mais il aime aussi les séries ; nous en regardons donc un certain nombre ensemble, les meilleures évidemment : House, Six Feet Under…

Conclusion : il ne me reste que les daubes.

 

 

Je me suis déjà tapé Grey’s Anatomy –les premiers épisodes, après j’ai craqué ; j’ai revu toutes les saisons de Sex And The City (pour la troisième fois au moins) ; revu la saison 2 de Desperate Housewives…. En désespoir de cause, je me suis tournée vers les productions locales : nos bonnes vieilles séries françaises.

 

 

 

Cette semaine, c’était « Le Grand Patron ». Tout le monde connaît je suppose ; y’a Francis Huster dedans, professeur de médecine et chef de service à l’Hôpital International. Cet établissement a ceci de particulier qu’il s’y passe énormément de choses passionnantes, contrairement à la plupart des hôpitaux où on rencontre surtout des gens malades.

A l’Hôpital International, il y a des malades menottés qui s’évadent sous anesthésie, des patients guéris mais tués par balle alors qu’ils allaient signer leur bon de sortie. A l’Hôpital International, les patientes sont jeunes et jolies, à l’exception de quelques vieilles dames (au cœur d’or) ; les plus jolies meurent assez souvent, et le Professeur Fresnay est dévasté par le chagrin –c’est un homme qui n’a pas peur de montrer ses émotions, et il pleure très souvent ; mais il se remet très vite : à chaque fois je crains que l’épisode suivant ne le montre accro aux anti dépresseurs, et à chaque fois je suis soulagée de constater qu’il va très bien et drague toujours tout ce qui bouge, même si ses histoires d’amour ont une singulière tendance à tourner à la tragédie.

Mais c’est un homme courageux, capable de surmonter les traumatismes successifs. A l’Hôpital International, même les avocates ou les commissaires sont de belles femmes ; et si elles sont dures, c’est à cause de leur passé douloureux –c’est leur « nécessité intérieure ». A l’Hôpital International, le monde est comme il doit être : quand les gens sont méchants, c’est parce qu’ils ont eu d’horribles problèmes, ou c’était par erreur, mais ils ont un bon fond et ça peut s’arranger (de préférence dans la chambre d’un patient sur son lit de mort).

 

Ce que j’aime bien dans cette série, c’est qu’on sait toujours à quoi s’attendre ; et moi j’aime pas les surprises à cette heure-là. Puis surtout les dialogues sont immortels. Tiens, dans l’épisode d’hier soir, une scène dans la chambre d’une patiente tout juste remise d’un infarctus et surprise avec son téléphone portable en train de donner des ordres à son courtier :

-         Vous savez Madame que c’est interdit !

-         Désolée, j’avais des ordres dans le tuyau…

-         Madame, c’est justement un problème de tuyaux que vous avez (Solange, la grosse infirmière black, autoritaire et bourrue mais avec un cœur gros comme ça). Si vous continuez comme ça, ça va être le crack !

-         Ah non, pas de danger de crack ! le CAC40 a pris 3% aujourd’hui !

-         Madame, il faut arrêter. A partir de maintenant, c’est la bourse ou la vie, intervient le beau Professeur Fresnay de sa belle voix de gorge et avec une incontestable autorité.

 

Dire que sans biberon de minuit, on n’aurait jamais entendu ça. Les jours où j’ai envie d’envoyer mon Paquet Hurlant par la fenêtre, je pense à des trucs comme ça et j’en suis toute ragaillardie.

 

Et puis, j’éprouve une certaine satisfaction à regarder le Professeur Fresnay affirmer: « Ici, c’est moi qui décide », ou « C’est moi qui dirige ce service ». Même si le personnage n’a rien à voir avec House, ils ont ceci de commun qu’en dernier ressort c’est souvent eux qui décident, souvent contre l’avis d’à peu près tout le monde. Ce sont des hommes de pouvoir. En contrepartie de leur pouvoir, ils assument la responsabilité de leurs éventuelles erreurs (mais bon, ils sont très forts alors ils se trompent peu.)

 

 

Et d’accord, la vraie vie est tout de même assez différente de la vie à l’Hôpital International –dommage, au moins on ne s’ennuierait pas ; mais il y a un point commun : dans la vraie vie aussi, certaines personnes sont en situation de pouvoir, et d’autres en situation de subir ce pouvoir. Et j’en arrive au sujet qui nous intéresse : un exemple flagrant de ce type de rapport, c’est l’écrivaillon non publié qui envoie son manuscrit aux éditeurs. Peut-on se sentir plus impuissant, plus loin de contrôler quoi que ce soit ? On ne peut qu’attendre et le pronostic est très défavorable ; qui plus est, vous n’aurez même pas la satisfaction de savoir de quoi vous souffrez.

«  C’est avec beaucoup d’intérêt que nous vous avons examiné, mais notre équipe n’est pas en mesure de vous guérir. Nous vous souhaitons le meilleur dans un autre hôpital. »

On commence par les grands hôpitaux parisiens, on finit par s’adresser aux petits établissements de province… certains se tournent vers des médecines parallèles, souvent hors de prix et au résultat des plus aléatoires, tandis que d’autres décident de se soigner eux-mêmes.

Mais quoi qu’on fasse, on n’a que peu de chances d’échapper à son destin : une mort lente, puis la fosse commune.

14.11.2007

roman, suite

Rappelez-vous –je croyais mon roman terminé, prêt à être envoyé, mais je suis sous le choc : je viens d’apprendre qu’il n’a pas d’âme. L’écrivain belge le juge « publiable » : voici ce qu’il m’écrit :

 

« Qu'attendiez-vous de l'écriture de ce roman ? Qu'attendriez-vous de sa publication ? C'est à cela qu'il faut réfléchir d'abord.
Tous les objectifs sont respectables, mais ils n'imposent pas la même ligne de conduite, la même stratégie.
Que peut-on attendre de la publication d'un roman ? De la fierté (avoir été au bout de quelque chose de difficile et créé une oeuvre d'art), une identité (être écrivain), la possibilité de séduire quelqu'un, une reconnaissance publique, de l'argent, etc.  Bien sûr, plusieurs motivations se rencontrent simultanément - mais il est essentiel de clarifier les choses avant de poursuivre la route.

Cela fait, il faut se pencher sur le texte, le mettre en perspective.

Des livres moins intéressants, moins honnêtes, etc., on en publie tous les jours, et certains ont même du succès. Bref : il n'y aurait rien de déshonorant à vouloir le publier car il est publiable.  Est-il pour autant à publier ? Cela dépend des questions ci-dessus, de vos ambitions, de vos objectifs.

Je reçois beaucoup de manuscrits impubliables - mais aussi pas mal de manuscrits publiables, et pourtant je ne les publie pas. Parce que mon niveau d'exigence est ce qu'il est, que j'attends d'un livre qu'il réponde à une certaine nécessité intérieure à laquelle les lecteurs pourront être sensibles. Mais ce qui est vrai pour moi ne l'est pas pour d'autres. On peut publier des livres avec la seule intention de distraire les gens pendant quelques heures, par exemple. Un livre, c'est aussi une histoire qu'on lit debout dans le métro pour s'évader un moment. Et ça n'a rien d'idiot!

Donc, j'en reviens à la case départ : vous-même. C'est vous qui avez la réponse. Moi, je ne peux vous dire que ceci : votre roman, malgré ses limites (que vous connaissez) est publiable et pourrait trouver un public. »

Bizarrement, je n’ai pas été complètement réconfortée par ce mail.

Je me doutais bien que je n’avais pas écrit Anna Karénine (à ce propos, je suis en train de le relire, à cause de l’élégance du hérisson, et je déconseille vivement ce roman à tous les apprentis écrivain non publiés ; c’est trop décourageant), mais quand même, si toutes ces heures que j’avais passées à souffrir dans la solitude n’avaient servi qu’à pondre une de ces histoires qu’on oublie à peine a-t-on refermé le livre, c’était à désespérer, et même si c’était publiable, je ne voulais pas publier ça.

Seulement voilà : j’avais beau me creuser la tête, je ne voyais pas comment doter mon roman d’une âme. De quoi cette âme mystérieuse devait-elle être constituée ? Mes personnages n’étaient pourtant , ou ne me semblaient pas superficiels, j’avais cherché à leur donner une vraie profondeur ; mais c’était probablement raté.

J’ai donc décidé de faire prendre à mon texte un bain de tiroir de quelques semaines, avec l’espoir que pendant ce temps, un processus inconscient prenant le relais du travail conscient d’écriture m’ouvrirait les yeux quant au procédé de fabrication de l’âme d'un texte.

 

Les quelques semaines ont passé, et aucune lumière ne s’est faite dans mon âme à moi ; j’étais toujours aussi perplexe. J’ai donc pris la décision, à défaut de ressentir quelque chose, de m’en tenir à une interprétation rationnelle : le manque d’âme pouvait venir de ce que la psychologie des personnages n’était pas suffisamment creusée. La « nécessité intérieure », ce pouvait être un lourd passé qui, exerçant constamment sa pression sous le présent, expliquait leurs actions dans le présent.

 

 

J’ai transformé mon roman dans ce sens, et ça m’a donné bien du mal. Mais je ne voulais pas encore l’envoyer. Je n’avais pas grande confiance en cette « âme » greffée sur le tard ; elle aurait dû être présente dès la naissance… j’avais un peu triché avec mes personnages, un peu rafistolé ; le roman risquait de rejeter la greffe.

Mais je n’osais plus le faire lire à l’écrivain dont j’ai cité le mail au début de ce post, pour deux raisons : d’une part j’avais honte de manquer de confiance en moi au point de lui soumettre le manuscrit une troisième fois ; d’autre part, le point de vue d’une nouvelle personne pouvait être intéressant ; et enfin… oui, en fait il y a une troisième raison : j’aurais été trop mortifiée qu’il ne sente encore pas la « nécessité intérieure », qu’il voit mes ajouts comme de grosses rustines posées ça et là, qu’il trouve mes efforts risibles… mon travail d’écriture n’aurait pas survécu à un mail comme :

« chère Madame, à mon grand regret je ne peux vous le cacher, je préfère vous l’avouer d’emblée : votre récit est toujours dépourvu de nécessité intérieure ». (pour saisir toute l'ironie de cette phrase, se référer au post précédent)

 

 

En cherchant sur Internet encore, j’ai trouvé un autre écrivain/critique, qui avait l’avantage d’être à Paris et de proposer un rendez-vous physique pour parler du texte après lecture. L’inconvénient majeur était qu’il était trois fois plus cher que le Belge. Mais… j’avais de toute façon compris depuis longtemps qu’écrire non seulement ne me rapporterait pas un rond, mais me coûterait probablement un max de tune (ne serait-ce qu’en séances de psy, quand quelques éditeurs m’auront envoyé des lettres dans la veine de celle du Dilettante.)

 

 

J’ai soumis mon œuvre et ai eu mon rendez-vous trois semaines plus tard, comme promis. L’écrivain était très charmant, très sympathique et plein de tact (sans doute sa pratique d’animation d’ateliers d’écritures). Il ne m’a pas dit que mon récit manquait de nécessité intérieure, lui. Il m’a essentiellement conseillé d’étoffer deux des trois personnages principaux, afin de les rendre plus « vrais »… ce qui revenait à dire, peut-être, qu’ils manquaient de « nécessité intérieure », mais au moins le terme redouté n’était-il pas employé.

Je suis donc sortie de ce rendez-vous tout à fait contente, habitée d’une nouvelle confiance et de l’agréable sentiment que je savais comment retravailler mon livre pour aller dans la bonne direction ; que c’était donc simplement une question de temps.

 

 

 

Il m’a fallu trois mois à peu près –pas à temps plein, car d’assez graves soucis personnels m’ont quelques temps détournée de ma tâche ; en Septembre de cette année, j’avais (encore !) une nouvelle version. Mais… je ne me sentais pas sûre que ça aille. Au fil des semaines, la confiance que m’avait donnée cet écrivain s’était effilochée… j’avais besoin d’un nouveau fix. On sait que les drogués sont prêts à dépenser n’importe quel montant pour obtenir leur chère substance ; là c’était pareil, pas de tarif dégressif, apparemment les écrivains belges sont meilleurs commerçants que les Français ; j’ai donc déboursé la même somme indécente que la première fois – après tout, me suis-je dit, depuis la naissance de ma fille, je ne dépense plus un rond en restaurants.

Etant donnée l’importance de la somme en question, j’ai pensé que je pouvais mettre un peu la pression quant au délai ; mon accouchement était prévu début octobre, je voulais procéder à mes premiers envois aux éditeurs avant cette date car je savais qu’après, j’aurais à peine le temps de me doucher, alors quant à aller à la Poste… ça a bien marché, le mec a lu mon texte en dix jours. Le rendez-vous a duré plus de deux heures et, comme la première fois, je suis repartie avec une grosse envie de faire pipi, et la conviction que mon roman avait une grande valeur intrinsèque, et que bientôt, après quelques petites, toutes petites corrections, sa perfection serait pleinement révélée, et que les éditeurs attentifs ne pourraient manquer de remarquer la pierre précieuse dissimulée parmi les vulgaires cailloux…

 

 

Je vais devoir interrompre cette note ; j’aimerais penser que je laisse le lecteur sur un suspense à peine supportable, malheureusement vous connaissez déjà la suite, non ?

 

Veuillez m'excuser de vous demander pardon...

Je pensais raconter l’histoire de mon roman dans l’ordre ; mais voilà une heure, j’ai trouvé au courrier une lettre tellement marrante que je ne résiste pas au plaisir de la partager avec les lecteurs de ce blog. C’est de Stock. En voici le texte :

 

« Madame,

 

J’ai lu avec intérêt et attention votre manuscrit, que je vous remercie de m’avoir fait parvenir.

 

            Hélas, et je préfère vous l’avouer d’emblée, il ne sera pas retenu en vue d’une publication chez Stock. Je n’ai pas le droit de vous cacher, en effet, qu’une maison d’édition se doit de ne publier que les manuscrits auxquels elle croit à cent pour cent, et je ne suis pas suffisamment convaincu par votre manuscrit pour vous proposer de l’accueillir dans l’une de nos collections.

 

            Avec mes regrets, je vous souhaite en tout cas le meilleur pour votre manuscrit chez l’un de mes confrères. »

 

  Du coup, j’ai pris ma voiture et j’ai foncé chez Nicolas acheter une bouteille de whisky « Oban » quatorze ans d’âge (quand j’ai marmonné : « non, c’est pas pour offrir… », le petit jeune homme blond m’a fait un clin d’œil bizarre). Je la boirai avec mon mari à la santé de Monsieur Roberts !

13.11.2007

Je suis fatiguée...

M’écoutant tout à l’heure suggérer à mon mari de prendre les transports en commun pour aller bosser demain, parce que du fait de la grève il y aurait plein de voitures dans Paris, je me suis rendue compte que j’étais fatiguée.

Au lieu de profiter de cette heure de liberté (BB fourgué à la voisine) pour travailler sur mon livre comme prévu, je vais donc écrire un post ; c’est moins dangereux.

Et je ne vais pas parler de mon roman. Non, je vais écrire sur un sujet sans rapport avec rien, une réflexion probablement tout à fait oiseuse qui m’est venue hier alors que je feuilletais un de ces romans superflus dans une petite librairie près du RER.

Je suis tombée sur un passage où le narrateur se plaignait de ne pas avoir l’esprit de répartie. Et j’ai eu comme une impression de déjà vu : il m’a semblé que c’était là un trait de caractère commun à pas mal de héros romanesques. Je me suis demandé pourquoi. Oui, j'ai vraiment que ça à faire :-)

En général, quand on donne vie à un personnage, on essaie de le rendre sympathique. Or, je ne sais pas vous, mais moi, quand je lis d’un type qu’il souffre de ne pas avoir l’esprit de répartie, j’éprouve soudain une grande empathie pour le type en question. Pourquoi ? Parce que moi non plus, je ne l’ai pas. Ce n’est que bien après que me vient l’idée géniale, la réplique qu’il fallait avoir pour que le dialogue ait l’air de quelque chose, au lieu de n’avoir l’air de rien, comme les conversations en général dans la vraie vie.

 

Un exemple : la semaine dernière, j’ai eu une conversation avec un écrivain/critique à qui j’ai fait lire mon roman juste avant de l’envoyer (pas celui dont il était question dans mon dernier post, un autre ; je préciserai tout cela plus tard mais j’anticipe un peu pour les besoins de l’exemple).

Voici la conversation que nous avons eue :

 

-         Je n’ai eu que des refus, pour la plupart standards…

-         Mais vous connaissez du monde dans l’édition, vous, non ?

-         Euh… ben non (où diable est-il allé chercher ça ??)

-         Mais vous avez du culot…

-         … ?? (même question que précédemment)

-         Alors, au lieu d’envoyer votre manuscrit, vous devriez le déposer chez les éditeurs, de toute façon ils sont tous dans le sixième, et à l’accueil demandez à rencontrer le directeur de la collection qui vous intéresse.

-         Ah… ben oui, pourquoi pas…

 

Voici la conversation que nous aurions dû avoir :

 

-         Je n’ai eu que des refus, pour la plupart standards…

-         Mais vous connaissez du monde dans l’édition, vous, non ?

-         Non, mais… je connais un écrivain, qui connaît un éditeur…

 

Et si ça ne marche pas, parce que l’interlocuteur est une buse, il reste une chance de faire passer le message de la façon suivante :

 

-         Mais vous avez du culot…alors, au lieu d’envoyer votre manuscrit, vous devriez le déposer chez les éditeurs, de toute façon ils sont tous dans le sixième, et à l’accueil demandez à rencontrer le directeur de la collection qui vous intéresse.

-         Vous avez raison, j’ai du culot… ce qui me permet justement de vous demander si vous ne pourriez pas remettre mon manuscrit à votre éditeur ? (là, le mec est coincé : il m’a dit trop de bien de mon livre, il ne peut décemment pas dire non.)

 

De ce que je viens de dire, on peut simplement conclure que je n’ai effectivement pas l’esprit de répartie, et que je vais donc plus facilement m’identifier à un personnage également handicapé de ce côté-là.

Mais que signifie ne pas avoir l’esprit de répartie ? L’avoir moins que la « normale ». Ou qu’une référence quelconque.

Pourtant, si je fais le tour de mes connaissances, je ne vois personne dont je pense : lui, il a un sacré esprit de répartie. La plupart se plaignent, au contraire, d’en être dépourvu. Quelle est donc cette qualité mythique que si peu de gens possèdent ? Qui est le référent ? A qui se compare-t-on implicitement quand on déclare : « moi, je n’ai pas l’esprit de répartie » ?

 

Je crois qu’il se passe la même chose que quand une femme normale observe avec dépit le mannequin qui fait la couverture de Vogue (ou même de La Redoute, pas la peine d’aller chercher si loin) : elle se trouve moche, mais elle oublie que l’autre, c’est pas un vrai gen comme elle ; non, c’est une photo truquée.

Je pense que c’est un peu la même chose pour l’esprit de répartie, parce qu’on a tendance à prendre comme référence celui des gens qu’on admire, mais qui n’existent pas ; par exemple les héros de films ou, pour rester dans un esprit contemporain, de série américaine ; et c’est sûr que si on compare son esprit de répartie à celui de House, on se trouve con. Forcément. Seulement ça, dans la vraie vie, des types comme House, ça n’existe pas ; et d’ailleurs heureusement, parce que des médecins ayant pour chef un mec comme House seraient incapables de faire leur travail tellement ils seraient morts de rire.

 

Bon, avec tout ça, je ne suis pas sûre d’avoir dit un truc bien intéressant… il me reste un peu de temps avant le retour du Paquet, je crois que je vais aller faire la sieste… !

11.11.2007

Toutes ces histoires dont on se fout

Comme la plupart des gens, je n’aime pas trop les dimanches ; pourtant je ne vais pas travailler demain, et, là où j’habite, il n’y a presque pas de commerces, si bien que la rue n’est pas plus triste le dimanche que les jours de semaine ; et le parc devant chez nous a la même allure, avec ses arbres de plus en plus nus dans la nuit qui tombe de plus en plus tôt…

Non seulement je suis victime du cafard du dimanche, mais j’ai également le blues de fin d’après-midi d’automne ; il m’a semblé que c’était un bon moment pour parler refus éditoriaux.

 

Je pense avoir épuisé les ressources de la métaphore marine et serai donc plus factuelle cette fois-ci. Mieux : au risque d’en tuer toute la poésie, je vais revenir sur cette dernière note à propos de mon roman.

 

Reprenons : en Mai 2005, je reçois le refus sans appel du Dilettante, dont je ne rappellerai pas ici le texte car je n’aime pas particulièrement me vautrer dans le malheur.

D’abord assommée par un rejet qui me semble alors concerner non seulement mon roman, mais toute ma personne en tant qu’apprentie écrivain, je ne supporte plus l’idée que ce livre existe tant j’en ai honte ; j’envisage non seulement de jeter les exemplaires imprimés qui polluent mon étagère mais aussi d’effacer des répertoires de mon portable toute trace de cette immondice. Puis le désespoir se fait moins absolu ; je me remémore les critiques positives de quelques amis à qui j’avais donné mon œuvre à lire. Certes, en tant qu’amis, ils étaient assez peu susceptibles de m’accabler. Mais tout de même, si vraiment, ils en avaient pensé pis que pendre, cela se serait senti à une certaine tiédeur dans leurs éloges, à un air gêné quand ils m’auraient dit : « tu sais, j’ai eu beaucoup de boulot ces temps-ci, les enfants ont été malade, j’ai pas eu le temps de lire en détail… mais ça a l’air bien, vraiment… »

J’en ai déduit que tout n’était probablement pas à jeter sans discernement, qu’il fallait réfléchir, même si cela impliquait de se replonger dans un texte pour lequel je ne ressentais plus que détestation. C’était là tâche ardue, car vraiment, ces quelques lignes du Dilettante m’avaient fait prendre en horreur tout le livre et elles me sautaient à l’esprit dès que j’en lisais une phrase. Aussi ai-je décidé de m’y prendre différemment : au lieu d’écrire, j’allais d’abord modéliser. Cette approche avait l’énorme avantage de m’éviter au maximum les contacts avec le manuscrit maudit, au moins le temps que je digère la critique assassine.

 

On me disait que le roman était « trop narratif ». Peut-être pouvais-je commencer par le rendre moins linéaire : il racontait alors une histoire depuis son commencement jusqu’à son dénouement, dans l’ordre. J’allais bouleverser tout ça, commencer au milieu, revenir en arrière.

Sous Excel, j’ai créé un tableau : une colonne pour le récit « présent », une autre pour le « passé » que j’ai incorporé très délicatement et sans casser les blancs à l’aide de « flashbacks » dans la trame du récit. Quand il a fallu se remettre à écrire, il s’était écoulé suffisamment de temps (puisque je ne travaillais que quelques heures par semaine) pour que je puisse reprendre mon récit sans trop de dégoût.

 

Fin Décembre 2006, j’avais une seconde version dont je n’étais pas mécontente. Elle avait en tout cas le mérite d’être assez éloignée de la première. Mais était-ce « mieux » ? Je ne voulais pas courir le risque d’affronter le Dilettante sans critique préalable ; comme je ne connaissais ni éditeur, ni écrivain, j’ai fait comme tout le monde : j’ai cherché sur Internet.

On m’a vivement recommandé un écrivain/éditeur belge, proposant ses services comme lecteur moyennant une somme tout à fait raisonnable. Je lui ai fait parvenir mon texte vers la fin décembre et ai eu son retour à la fin janvier : une fiche de lecture détaillée, dont il ressortait essentiellement que mon roman pouvait se défendre à condition de procéder à des coupes importantes (il conseillait carrément de diminuer de moitié). Je me suis attelée à la tâche plutôt gaiement : d’après cet écrivain, mon écriture était fluide, agréable et ne manquait pas d’humour. Je pouvais donc enfin relativiser un peu la critique du Dilettante concernant mon style, passage qui m’avait le plus traumatisé dans leur lettre car s’il est envisageable de retravailler la trame d’un récit, voire d’en écrire un autre, il semble ne pas y avoir de remède à une écriture plate (peut-on vraiment changer sa façon d’écrire ? A l’époque, j’aurais juré que non ; aujourd’hui je n’en suis plus si sûre car il me semble que mon écriture a évolué en quelques années. C’est donc une question ouverte…)

 

Nous voilà donc en Avril 2007, j’ai dégonflé mon roman, pas tout à fait de la moitié mais d’un bon tiers. Je le donne à relire à cet écrivain belge, qui, en bon commerçant, accepte le principe d’un tarif dégressif pour une seconde lecture ; il semble content de mon travail : les coupes ont été judicieusement faites, le roman est beaucoup plus satisfaisant.

Mais… quelque chose dans son rapport de lecture me fait penser que ce n’est pas encore « ça ». Je demande ce qui cloche. On me répond que rien ne cloche, c’est un roman tout à fait agréable ; cependant, pour sa part, en tant qu’éditeur, cet écrivain préfère publier des textes dont il sent la « nécessité intérieure ». Sous-entendu très clair : votre roman en est dépourvu.

Je ne sais pas exactement ce qu’est cette « nécessité intérieure », mais je suppose que c’est l’âme du texte, sa substance, ce qui fait qu’il n’est pas qu’un divertissement et peut toucher profondément quelqu’un.

Soudain, j’ai l’impression d’avoir écrit « Bridget Jones » en moins abouti.

 

Une semaine après avoir reçu ce rapport de lecture, je décide de commencer à me renseigner sérieusement à propos des éditeurs ; je vais faire un tour à la librairie « l’Arbre à Lettres » dans le cinquième, je regarde les romans sur les étals ; il y a en a tant. J’en prends au hasard, je lis les quatrièmes de couverture. Toutes ces histoires dont je me fous… pourquoi s’y intéresser ? Et au nom de quoi en écrire une de plus, en publier une de plus ? Je rentre chez moi dans un état de déprime avancée, convaincue que mon récit sans âme ne mérite même pas que je dépense l’argent nécessaire pour le faire relier et l’envoyer aux maisons d’édition, car à quoi bon publier une histoire de plus, dépourvue de « nécessité intérieure » qui plus est ?

 

Je fais part de mes états d’âme à mon écrivain critique ; il me répond « il suffit parfois de quelques scènes, de quelques phrases, de quelques mots pour déplacer le centre de gravité d’un livre ». Alors je ne suis pas certaine de bien comprendre mais ça me redonne de l’espoir. Je vais travailler, lui donner cette âme qui manque. Après tout, l’histoire que j’ai écrite a été importante dans ma vie ; ce serait bien le diable si je ne parviens pas à faire passer un peu d’émotion en la racontant.

Et me voilà partie pour une nouvelle version.

 

 

Mais il est tard ; et je suis lasse d’écrire. La suite bientôt, promis…