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22.11.2007

Chose promise...

Enfin, comme promis depuis longtemps, je vais parler des lettres de refus que je reçois depuis maintenant plus d’un mois. En effet, autant se l’avouer carrément : ce n’est pas en les ignorant que je vais les faire disparaître. Bien que ce soit drôlement tentant.

J’ai envoyé mon roman le 26 Septembre : j’ai commencé par le peser sur la balance avec laquelle je pesais la farine et le sucre du temps où je faisais des pâtisseries –une vieille balance, donc. Il faisait un kilo deux cent cinquante grammes. Je me suis rendue à la poste, où j’ai eu la satisfaction de passer devant tout le monde en cambrant le dos pour exhiber mon gros ventre ; et j’ai acheté quatorze enveloppes « livre », et quatorze timbres à un euro vingt à cause du supplément de deux cent cinquante grammes, puisque les colis « livre » sont limités à un kilo. C’était là un signe de l’univers dont je n’ai malheureusement pas tenu compte –mon livre était trop gros.

De retour à la maison avec mes quatorze enveloppes, mes quatorze timbres et les quatorze exemplaires de mon roman, j’ai réfléchi à la meilleure façon de faire. J’avais le choix entre deux méthodes :

 

a) procéder « à la chaîne » : coller tous les timbres sur toutes les enveloppes, écrire les quatorze adresses, écrire sa propre adresse sur quatorze autres enveloppes pour récupération du manuscrit (étape du processus éminemment déprimante), glisser dans chacune un manuscrit, ajouter l’enveloppe timbrée à son nom, joindre la lettre d’accompagnement correspondant à chaque éditeur, puis fermer les enveloppes.

b) pour chaque enveloppe, faire toutes les étapes avant de passer à l’enveloppe suivante.

 

Le processus a) m’a semblé dangereux, la répétition du même geste risquant d’induire une perte de vigilance qui pouvait me conduire à reproduire une gaffe dont je ne suis pas fière : envoyer une lettre de motivation vantant les atouts d’une « banque telle que BNP Paribas » à la Société Générale. Bizarrement, ma candidature n’a pas été retenue, pourtant j’étais plus ou moins pistonnée. Je suppose que parler à Gallimard des mérites de Grasset aurait pu avoir le même effet. (D’un autre côté, aujourd’hui, je me dis que si j’avais fait ça, au moins je saurais pourquoi on n’a pas voulu de mon livre.)

J’ai donc choisi le processus b). Afin de rester concentrée, j’ai poussé le vice jusqu’à imprimer les lettres d’accompagnement au fur et à mesure, au lieu de faire ça en une seule fois ; et, avant de refermer chaque enveloppe, je vérifiais une dernière fois que la lettre correspondait bien à l’éditeur dont j’avais écrit l’adresse. Avec tout ça, j’en ai eu pour deux bonnes heures.

 

J’ai pris deux grands sacs réutilisables « Champion », j’ai mis sept enveloppes dans chaque et je me suis traînée jusqu’à ma caisse avec mauvaise conscience –le gynécologue m’ayant vivement recommandé de ne pas porter de paquets, j’utilisais d’ailleurs ce prétexte pour envoyer mon mari faire les courses.

 

A la poste, heureusement, il y a une boîte aux lettres à l’ouverture assez large pour y glisser ce type d’enveloppe. On n’a pas à se taper la honte de passer au guichetier, devant tout le monde, ses quatorze « colis livre » au format A4, contenant de toute évidence un manuscrit… je sais, écrire n’est pas une maladie honteuse, mais un peu quand même… quoique le plus humiliant, ce soit plutôt maintenant : quand je croise le facteur le matin alors qu’il est en train de jeter dans ma boîte une de ces maudites enveloppes jaunes (ils pourraient les faire moins voyantes tout de même) portant mon adresse écrite de ma propre main. Il me dit bonjour en me jetant un regard que je trouve légèrement goguenard, et je redoute qu’il dise un truc comme : « alors ma p’tite dame, quels peaux de vache ces éditeurs hein ? Allez, faut pas vous biler… »

 

Une semaine plus tard, déjà, une de ces répugnantes enveloppes jaunes arrive. De Plon. Ma première pensée est qu’ils ont trouvé le manuscrit tellement minable qu’ils l’ont renvoyé au plus vite. En fait, je le sais à présent, les lettres de refus persos les plus sympas arrivent au début ; passé un mois, on n’a plus guère que les missives standard. Ce qui laisse supposer que les éditeurs regardent très rapidement les manuscrits qu’ils reçoivent (et ça se comprend : au cas où ce soit génial, il ne faudrait pas se faire prendre de vitesse par un confrère.)

Ensuite, ils se précipitent sur leur téléphone si c’est oui, et si c’est non, ou bien ça leur a un petit peu plu quand même (ou c’est venu par le canal « relations ») et ils prennent la peine d’écrire un petit mot sur le texte, ou bien ils se fichent complètement de ce manuscrit venu grossir une pile déjà trop importante, et il n’y a aucune urgence à vous signifier un refus. Si on admet que les éditeurs sont des êtres humains susceptibles d’empathie, c’est peut-être même légèrement désagréable. Je suppose qu’ils procèdent aux envois quand ils ne savent plus où stocker tout ça.

 

Venons-en au fait (j’ai décidément une fâcheuse tendance à la digression) : la lettre de Plon.

 

Mais… je suis prise ici d’une grande hésitation. Depuis que j’ai lu le billet de Wrath à propos de Léo Scheer, et le commentaire de ce dernier : « Natashka Moreau devait vous parler de votre manuscrit, (sans doute le manuscrit le plus célèbre du web) ayant lu ce qu'en pensaient les éditions Plon par la lettre que vous avez publiée en ligne, nous n'avons pas insisté. »

J’ai réagi à ce commentaire et Léo Scheer a démenti : « C'était une plaisanterie pour rester dans le ton badin de ce blog ».

Alors moi, je ne demande qu’à le croire, hein. De toute façon c’est sans doute vrai, puisque Wrath dit avoir envoyé son manuscrit en février et n’a mis la lettre de Plon en ligne qu’en octobre. Mais… le doute s’est insinué dans mon esprit… et si par hasard un éditeur tombe sur ce blog – comment saurait-il qui je suis ? Eh bien, par exemple, on peut imaginer que la gentille participante à l’atelier d’écriture avec laquelle j’ai eu le plaisir de déjeuner dans un restaurant japonais du cinquième arrondissement un certain jour de Novembre, se reconnaisse dans mon post « Atelier d’écriture » et qu’elle ait justement un très bon pote éditeur. Imaginons un instant (hypothèse d’école, hein, car elle aurait tort, vraiment), imaginons qu’elle se sente vexée par mon post… et qu’elle dise à son pote : « Si tu as reçu le roman de …, tu devrais aller voir son blog, en particulier les lettres de refus des éditeurs, ça t’évitera la peine de le lire. »

Elle dirait ça sans méchanceté, hein, juste pour faire gagner du temps à son ami éditeur, qui vient de lui avouer : « J’en ai ras le bol, ces derniers temps je croule sous les manuscrits, les gens envoient de ces trucs, il y en a même qui n’arrivent pas à décider s’ils écrivent au présent ou au passé alors ils mélangent tout dans la même phrase, tu te rends compte ? »

 

Malheureusement, j’ai tant promis d’en parler, de ces foutues lettres, que je ne vois guère comment reculer. Et puis, si mon blog avait le succès de celui de Wrath, j’aurais vraiment de quoi être inquiète. Là ce serait vraiment pas de bol si l’un de mes deux visiteurs se trouvait être la nana en question. Donc, trêve de digressions, et attaquons tout de suite là où ça fait mal.

Mes commentaires sont en italique.

 

La lettre de Plon : reçue le 2 Octobre (trois jours après j’ai accouché : cette lettre m’a tellement traumatisé que ça a déclenché le travail. La recopier ici, comme je n’ai pas de scanner, va peut-être déclencher autre chose de terrible).

 

« Madame,

            C’est avec beaucoup de plaisir et d’intérêt que nous avons lu le manuscrit intitulé … que vous nous avez fait parvenir. (ça, c’est la phrase gentille, mais standard : Thomas Clément a eu la même.)

Malgré les qualités réelles de ce récit, en particulier la force des thèmes que vous avez choisi d’aborder, nous sommes malheureusement au regret de vous annoncer que nous ne pouvons retenir ce manuscrit en vue d’une publication.

             Ce texte nous a semblé, en effet, manquer de densité pour correspondre à la ligne éditoriale de notre maison. (Question : cette absence de densité correspondrait-elle à la ligne éditoriale d’une autre maison ? Laquelle, laquelle ? Ils sont cruels de ne pas me le dire) Peut-être faudrait-il que vous parveniez à supprimer certaines longueurs pour insuffler à votre récit davantage de dynamisme.

En espérant qu’un de nos confrères sera sensible à votre travail d’écriture, croyez, Madame, à nos salutations les meilleures. »

 

Eh bien, je vais m’arrêter là pour ce soir. Non, je ne vais pas vomir dans le lavabo, je ne suis pas soudainement couverte de boutons ; mais mon mari rentre après trois heures de caisse pour revenir des Champs où il bosse, et je me dois de l’accueillir dignement, avec un bon whisky !

Je promets solennellement de ne pas en rester là à propos des lettres de refus, même si cela doit me coûter la publication… !

Commentaires

Argh! je vois que les gestes des primo-romanciers sont tous les mêmes, je me suis reconnu dans le tri des enveloppes à ne pas emmêler avec les lettres... oui, il faut bien deux heures pour cette délicate opération qui pourrait prendre 10 minutes... ça relève quasiment plus du rituel magique que de la précaution...
Et même avis que toi sur les lettres de refus un peu "personnelles", qui arrivent plutôt au début... passé un mois, on est dans la procédure administrative...

PS: je sens que ta dangereuse "collègue" d'atelier d'écriture sera un personnage central dans ta prochaine fiction... ambiance thriller garantie :)

Ecrit par : Marco | 22.11.2007

Oh... Je n'envoyais que trois exemplaires chaque fois. A chaque retour, je l'envoyais à quelqu'un d'autre dès le lendemain. J'ai des amis qui croient que mon père est le roi de l'Angola, mais c'est pas le cas ;)

Ecrit par : Jo Ann v. | 23.11.2007

On se retrouve tous dans ta manière de procéder ! Pour ma part, excepté l'adresse, les lettres sont les mêmes et, je me fiche pas mal du regard goguenard de la postière ou du facteur. Maintenant, bien que j'attende encore quelques réponses qui seront sûrement négatives, je ne rêve plus à l'impensable… Je prends un peu de temps et, je m'y remettrais pour le suivant, avec les illusions en moins et des acquis en plus. Les échecs font souvent progresser.

Ecrit par : Jerome | 23.11.2007

le 26 septembre, c'est encore tôt, patience. Toujours positif de recevoir des conseils, ça signifie qu'ils ont pris le temps de te lire et donc que le refus n'est pas basé sur un pb de qualité d'écriture.
Je me souviens avoir préparé mes envois sur le zinc d'un café, en empruntant du scotch et une paire de ciseaux à la patronne... Trop pressée pour attendre d'être à la maison après l'achat des enveloppes. Résultat, deux ans après la publication, j'attends encore la réponse de trois maisons.

Ecrit par : Marie | 25.11.2007

Merci pour ce commentaire encourageant... en un sens, parce que c'est un peu décourageant de ne pas avoir de réponse après deux ans :-) mais bon, vous avez réussi à être publiée, c'est ce qui compte!
J'attends moi aussi quelques réponses encore, mais franchement, d'après les témoignages lus sur le web, il me semble que les réponses les plus rapides sont les plus personnalisées et qu'ensuite, on a plutôt les réponses standard... enfin c'est pas grave, je retravaille et enverrai ensuite mon roman à d'autres éditeurs. Avec de la perséverance, je devrais bien finir par arriver à quelque chose.... quitte à me lancer dans l'écriture d'un second livre!

Ecrit par : gladrielle | 25.11.2007

Faut aussi laisser reposer le roman.
En attendant les réponses des uns, commencer à travailler sur un autre. Ça évite de rendre fou! ;)

Ecrit par : Jo Ann v. | 25.11.2007

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